La source ferrugineuse

La source ferrugineuse

À quelques centaines de mètres du village, au lieu-dit « La Côte », coule une source qui faillit autrefois changer le destin de Cassuéjouls. Au XIXᵉ siècle, ses eaux riches en fer firent naître l’espoir de développer ici une véritable activité thermale.

Connue depuis longtemps des habitants, l’eau de la source est analysée pour la première fois en 1837. La présence de fer et de différents sels minéraux attire rapidement l’attention des médecins. À cette époque, les eaux ferrugineuses étaient notamment recommandées contre l’anémie, la fatigue et diverses maladies chroniques, selon les connaissances médicales du temps.

En 1844, le conseil municipal décide de mettre la source en valeur. Le docteur Bongrand, médecin à Laguiole, devient le principal défenseur du projet. Il fait réaliser de nouvelles analyses, recueille les témoignages de malades et publie un mémoire consacré aux eaux de Cassuéjouls. Ses efforts aboutissent le 24 septembre 1847 : un arrêté ministériel autorise officiellement la commune à livrer au public les eaux ferrugineuses de la Côte.

Durant quelques années, des visiteurs viennent boire l’eau directement à la source. Certains arrivent des villages voisins, tandis que d’autres parcourent une bien plus longue distance. Ils sont hébergés chez les habitants, car Cassuéjouls ne possède encore ni établissement thermal ni logements destinés aux curistes. La fréquentation des lieux laisse alors espérer un bel avenir à la source.

La commune aménage le chemin d’accès et fait construire un bâtiment pour protéger le captage. Mais la création d’un véritable établissement de bains demande des moyens considérables. Les difficultés financières, les bouleversements politiques et administratifs qui suivent la Révolution de 1848, puis le départ du docteur Bongrand ralentissent le projet, qui finit par être abandonné.

Une nouvelle construction est édifiée en 1869, comme l’indiquait la date gravée sur le linteau de la porte. Malgré plusieurs tentatives pour relancer son exploitation, la source tombe peu à peu dans l’oubli et la végétation reprend possession des lieux.

Dans les années 1990, le foyer rural entreprend de restaurer le site. Les ruines sont dégagées, les murs reconstruits et les abords aménagés. Au cours des travaux, un ancien récipient portant la date de 1869 est retrouvé, comme un témoignage de la première vie du bâtiment.

Aujourd’hui, la source ferrugineuse de la Côte conserve la mémoire de cette étonnante aventure. Elle rappelle le temps où Cassuéjouls accueillait des visiteurs venus profiter de ses eaux et rêvait de devenir une petite station thermale.

Source : B. Planque, Cassuéjouls, les Hauts du Rouergue – 1800-1940, chapitre 17 : « La source ferrugineuse au lieu-dit La Côte ».